28 mars 2006

Atteinte à la démocratie

Le Hamas, le parti extrémiste ayant remporté les dernières élections en Palestine, vient de voir son gouvernement investi par le Parlement. Malgré le vote "à la régulière" et la victoire démocratique du parti islamiste, les Etats-Unis ne reconnaissent pas ce gouvernement et refuse tout dialogue avant que les responsables palestiniens aient reconnu les accords internationaux.
J'ai la sensation que les Palestiniens se retrouvent dans la peau des Français lors du référendum européen : ils ont mal voté, ils n'ont pas fait le bon choix. Sauf qu'ici, le "bon" choix est dicté par une nation étrangère, qui n'hésite pas à soutenir ouvertement l'autre camp et qui destabilise depuis maintenant 3 ans une région explosive.
Ce déni grandissant de la démocratie est à la mesure de l'idéal qui est mis en scène devant les camérias du monde entier. D'ailleurs, ce déni est aussi présent en France. On l'a vu pour le référendum européen, mais il existe également à chaque fois que le gouvernement utilise le 49.3. La contestation grandissante du CPE est non seulement une mesure d'autodéfense, mais également l'expression de ce ras-le-bol démocratique. On nous explique chaque jour que le pouvoir est à tous, et malgré cela, on nie constamment l'avis des principaux intéressés, qu'il se soit exprimé par un vote, une pétition ou une manifestation.

Un nouveau cran a été franchi à Bordeaux. Pour rappel, la ville est traversée par la Garonne et ne compte que 4 ponts : 2 ponts autoroutiers (et donc interdits aux piétons), un pont un peu excentré mais essentiellement dédié aux voitures, et enfin, le fameux pont de Pierre. Ce pont est situé en plein centre de Bordeaux, et il assure la liaison entre le rive gauche, plutôt bourgeoise, et la rive droite, plutôt populaire. Il supporte le tramway et est le seul à vocation véritablement cycliste et piétonne.
Hier, des manifestants anti-CPE sont descendus des lycées situés sur les hauteurs de la rive droite. La foule a grossi à l'approche du centre-ville, les lycéens n'hésitant pas à mobiliser les lycées rencontrés sur la route.
Entre le centre-ville de Bordeaux et les lycéens, il y a cependant un fleuve à traverser. C'est là qu'intervient le fameux pont de Pierre.
Il est entièrement bloqué par la police. Elle interdit à quiconque de traverser le pont. Même à ceux qui n'ont rien à voir avec le CPE. En bloquant ce pont, on illustre superbement la problématique actuelle : les jeunes issus de quartiers populaires ne peuvent pas manifester, on leur nie tout droit de défiler ; on ne leur accorde même pas les droits que l'on accorde aux étudiants : ce sont des citoyens de seconde zone ; symboliquement, on refuse à la masse populaire l'accès à l'opulence bordelaise, on recrée une lutte des classes.
Ce n'est pas en opposant les jeunes, autorisant certains à s'exprimer et en l'interdisant à d'autres (comme par hasard issus des banlieues), que la situation  s'améliorera. Ce n'est pas en bloquant des ponts, mesure digne d'un siège, en interdisant toute communication que l'on restaurera le débat démocratique. Ces jeunes-là avaient aussi le droit de s'exprimer, d'avoir des convictions politiques, de s'inquièter pour leur avenir : ce droit-là n'est pas réservé aux étudiants.
En bloquant ce pont, on a donné un visage à la fracture démocratique qui est à l'origine (en partie) des explosions de violence de novembre dernier, des milliers de signatures anti-dadvsi, des millions de manifestants dans nos rues. A mes yeux, la crise que traverse le CPE est d'abord l'expression de l'exaspération du peuple à voir ses élus lui faire du gringue pour mieux l'attaquer ensuite.
En bloquant ce pont, la Garonne est devenue la douve d'un monde médiéval qui n'a rien de démocratique.

Posté par molotov à 20:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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